"Chacun est singulier et c'est dans la vérité singulière que se trouve l'essence de l'humain." Julia KRISTEVA

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UN CONTE THERAPEUTIQUE SUR LES RELATIONS ENTRE FRERES

Le 19 mars 2015
UN CONTE THERAPEUTIQUE SUR LES RELATIONS ENTRE FRERES
"Bataille sanglante dans la fratrie soleil"

Bataille sanglante dans la fratrie soleil

 

Qu’est-ce que c’est qu’une fratrie ?  vous le savez sans doute si vous, chers lecteurs, avez la chance ou la malchance d’être né dans une grande famille, dans une famille qui se compose de plusieurs enfants, dans une famille où ça se chamaille, où ça se bagarre, où ça se tire les cheveux, se donne des coups de savate, des bourres pifs. Bref, vous le savez si dans votre famille, vous n’êtes ni le roi, ni le juge, ni le souverain poncif. Et ça, c’est pas forcément un cadeau !

Dans la famille soleil, les enfants sont nombreux, entre autres animaux, dont les chats, Monsieur et madame Soleil ont les quatre enfants chiens : Ando, la plus âgée, qu’on appelle l’ainée, Toto, qui la suit de très près, Hélios, alias Petite botte (regardez ses bottes)  l’avant dernier, et Pipo, le plus petit, le cadet, le minus, le nain, la mini portion, le souffre-douleur et parfois le chouchou, disent souvent en cœur les trois autres.

Un jour, alors que les quatre chiens jouaient à la baballe dans le jardin de la propriété Soleil, on entendit des hurlements, pas de petits cris de joie, non de vrais hurlements qui laissaient présager une grande souffrance à la suite d’un accident redoutable et tragique. Madame Soleil accourut sur les chapeaux de roue, en faisant grincer ses crocs roses sur le carrelage de la cuisine.

Elle s’attendait déjà à trouver une mare de sang sur la pelouse, voyait l’un de ses enfants, voire tous, complètement démembrés, la tête en choux fleur, la mâchoire explosée et les chicots à terre, comme de petits corn flakes tombé de leur paquet.

Que s’était-il passé pour qu’ils hurlent ainsi à la mort ? Mon Dieu, Madame Soleil avait le cœur qui battait la chamade.

Quand elle arriva dans le jardin, quelle ne fut pas sa surprise en voyant tranquillement Ando Toto et Hélios se lancer la balle, rire aux éclats, et sembler plus complices que jamais. Mais tout allait bien alors ? Pourquoi donc un tel cri ?

Soudain, elle tourna la tête et vit son petit dernier, Pipo, recroquevillé dans un coin, tout morveux et tout grelottant.

-          Que s’est-il passé ? demanda Madame Soleil inquiétée, et vaguement consciente qu’une bagarre avait eu lieu, sans que ça ne perturbe plus que ça les trois plus grands.

-          Oh, rien, dit Ando sur un ton cruel qu’on connait bien. Ce minus pleure pour un rien.

-          Oui renchérit Hélios, il nous saoule à vouloir toujours la balle, à pleurnicher pour l’avoir, il joue mal et ralentit le jeu. Hélios continuait à dribler avec ses petites bottes et le ballon voltigeait dans les airs avec insouciance (oui c’était un ballon, vous vous attendiez à quoi ? qu’il prenne partie ? Un ballon est un ballon il n’a pas d’avis ! un ballon n’est ni un juge ni un avocat)

Pendant ce temps, on pouvait voir le visage de Toto se fermer, son regard se baisser, il était évident qu’il avait honte.

Il regarda Madame Soleil dans les yeux et lui dit :

-          En fait, il n’a rien fait de mal… mais ce n’est pas très marrant de jouer avec lui, parce qu’il est plus petit et qu’on n’a pas envie de faire d’efforts. Pardon Pipo… on est désolé.

-          Oh c’est bon le coupa Ando, et puis d’abord, moi ça me fait rire de l’entendre hurler. Ça m’occupe, ça rend le jeu plus drôle…. S’il n’est pas content, qu’il rentre et qu’il aille se ronger un nonos.

Pipo, vexé d’être de nouveau ridiculisé et méprisé, se dressa d’un bon sur ses pattes et se jetta nerveusement sur Toto, le mordant aux jarrets, lui tirant les poils, lui griffant les yeux, si bien que Toto se retrouva le poil en bataille, saignant de la truffe, bien mal en point au milieu de la pelouse.

Madame Soleil l’attrapa par la peau du cou et le souleva de terre comme une tortue ninja qui va vomir sa pizza.

-          Ça ne va pas bien Pipo, Toto est le seul s’être excusé !

Mais Pipo s’entendait rien, il était dans un tel état de rage qu’il n’avait plus la capacité d’entendre. Il tenait sa vengeance. Il se sentait le maître du monde, il se croyait dans sa folie capable de rendre justice lui-même.

La présence de Madame Soleil lui donnait du courage, de la force, de l’audace et beaucoup d’oubli.

Ando, qui se retenait depuis un bon moment, se jeta alors sur l’animal suspendu en l’air par le bras de madame Soleil, et lui infligea une sacré morsure.

-          N’oublie pas ta taille, Minus !

Alors le sang de madame Soleil ne fit plus qu’un tour, elle hurla plus fort que gronde l’orage sur la montagne, attrapa chaque chien à tour de rôle et alla les enfermer dans des pièces différentes, pour qu’ils prennent le temps de se calmer, et surtout pour qu’il la laisse réfléchir à la situation.

Comment démêler la situation ?

Et dire que cette bataille stupide venait d’un jeu de baballe, il faudrait désormais interdire les baballes, les nonos, les joujou et tout autre objet dont le nom est composé de deux syllabes identiques.

Vraiment avoir quatre chiens, quelle plaie, parfois !!! Ah elle les aimait pourtant tous les quatre de la même manière.

Il lui fallait bien protéger le petit dernier, comme elle avait protégé les trois autres quand ils occupaient la place de dernier !

Il fallait bien responsabiliser la plus grande, après tout, Ando avait suffisamment de maturité pour tenir ce rôle.

Mais elle semblait ne pas le vouloir, c’était dur de ne plus être considérée comme une petite chose fragile.

Et puis Ando prenait un malin plaisir à agresser ses frères, pour s’occuper, pour combler l’ennui, disait-elle.

Mais personne n’était dupe. Tous les membres de la famille savait bien que si elle faisait ça, si elle montrait les crocs, provoquait des conflits et se moquait des autres, c’est parce qu’elle ne parvenait pas à faire autrement. Parfois elle aurait voulu être seule. Qui pouvait la blâmer, on veut tous être seul de temps en temps ! Même toi, petit lecteur, à cet instant tu aimerais être seul, peinard, avoir le monde entier à tes pieds, et ta maman pour toi tout seul.

On oublie vite qu’on a été petit, qu’on a été fragile, qu’on a été un jour en position de se faire mordre.

De son côté il n’est pas impossible que Pipo ne profite un peu de la situation et aime recevoir des coups pour le plaisir de pouvoir se plaindre. Quel bonheur d’attirer l’attention, et si pour cela, on doit prendre un bourre pif, tant pis. Il faut souffrir pour être aimé !

La position de Toto n’était vraiment pas simple, il avait un don naturel pour être médiateur. Un médiateur est un gars qui n’aime pas les conflits. C’est le mec qui se met entre deux types qui se battent et qui prend toujours une balle perdue (et une baballe perdue, parfois aussi !).

 

Le soir, à l’heure du repas, tout le monde faisait une tête d’enterrement. Les quatre chiens avaient tous été punis et mis en quarantaine et aucun d’entre eux ne voulait briser le silence, se faisant un devoir de montrer à tous à quel point la sanction était inutile. Il fallait aussi montrer qu’on était le plus fort, le super héros de tous les chiens, le super chien qui n’avoue jamais ses crimes.

Après une heure de silence, où l’on n’entendait que la mastication des dents et les pets d’Ando (oui, Ando pétait quand elle était stressée, mais c’est une autre histoire …)

Monsieur Soleil explosa :

-          Vous êtes une bande de crétins, on ne va quand même pas supporter ces truffes de cocker pendant un an !

A toi d’imaginer, lecteur ce que dit Monsieur Soleil pour réconcilier les chiens, et comment se termine cette histoire de combat fratricide (fratricide = quand on tue son frère, ou qu’on rêve de le tuer.)
Lettre d’information
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