"Chacun est singulier et c'est dans la vérité singulière que se trouve l'essence de l'humain." Julia KRISTEVA

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Un conte sur l'amour

Le 16 février 2015
Un conte sur l'amour
"L'amour aveugle de la Chauve-Souris Eglantine", lu le 13 février au café "Au bonheur d'une pause", parle du mystère de l'amour et met en scène l'expression "tomber amoureux"

L’amour aveugle de la chauve-souris Eglantine

"Les deux colombes, Isabelle et Isabeau, s’aimaient d’amour tendre. 
Toute la contrée pouvait admirer leur roucoulement intarissable. Le couple volatile était tout sauf léger : leur amour était un modèle de fidélité et de dévouement. 
Isabelle et Isabeau étaient aussi inséparable que l’eau et la terre, le soleil et la lune, Monsieur et Madame Soleil, ou encore Tonton Barnabé et son bolide infernal. 
La famille Soleil ne savait pas depuis combien de temps nos deux oiseaux s’aimaient. 
En vérité, ils s’aimaient tellement qu’on avait l’impression qu’ils étaient nés ensemble, qu’ils avaient grandi ensemble, qu’ils n’avaient jamais eu une vie séparée. On racontait dans la contrée que les deux colombes s’étaient un jour rentrés dedans en plein vol, et que de cet accident était né la rencontre de leur vie. Après ce choc aérien, en effet, ils ne s’étaient plus jamais quittés. 
Evidemment, dans le pays où vivait la famille Soleil, il y avait des gros jaloux, comme dans tout pays. 
Le bonheur des uns est parfois insupportable aux autres, et comme disait parfois pour rire monsieur Soleil, il ne suffit pas d’être heureux encore faut-il que les autres soient malheureux. 
Le bien-être constant et sans ombre d’Isabelle et d’Isabeau agaçait les cœurs aigris. Que veut dire avoir le cœur aigri à ton avis, cher lecteur qui ne l’est pas ? Cela désigne un cœur semblable à une vieille figue sèche, restée trop longtemps dans un placard fermée. Ou bien un cœur de chocolat que tu n’as pas voulu manger à Noel, pour le garder pour après, et qui, à force d’être exposé au froid et à la lumière, devient tout blanc et immangeable. Ainsi cher lecteur, le narrateur très expérimenté que je suis te conseille vivement de te servir de ton cœur pendant qu’il est encore bon ! 
Mais revenons à nos moutons, qui sont pour l’heure deux belles colombes qui s’aiment d’amour tendre et dont le bonheur plait aux cœurs généreux mais agacent les cœurs endurcis. 
Bon d’accord, je vous dis la vérité, cette histoire ne va pas parler d’Isabelle et d’Isabeau, et pourquoi ? 
Je pourrais vous raconter le scratch monumental de leur rencontre, comment Isabelle qui batifolait gaiement dans les airs, à la recherche de nourriture, mais surtout pas d’une histoire d’amour (à vrai dire elle ignorait tout du sens de cette expression), est rentrée dans le popotin de notre Isabeau, stupéfait. 
Comment Isabeau s’est tout de suite senti ému, quoique sonné par la chute, et comment il a derechef invité son isabelle à venir manger un petit verre au café pub du coin, à l’ombre des platanes, où de gentils chardonnets jouent des airs d’accordéon avec leur gorge, et ou les phacochères, qui aiment le divertissement entre deux saisons de chasse, jouent de la trompette avec leur cul. 
Ni une ni deux, après un, deux, trois petits verres avalés, nos deux colombes étaient amoureuses, inséparables, et faisaient déjà des plans d’avenir : 
«- On les appellera comment nos marmots ? 
-Et toi, tu veux des filles ou des garçons ? un de chaque. 
-Ah, d’accord, on va faire ça, un de chaque ! 
-Tu viens vivre chez moi, j’ai un super appart en haut d’un frêne ? Oui d’accord, mais dans quelques mois, on s’offre un loft un peu plus spacieux, j’ai vu qu’on louait un superbe chêne avec vue sur la rivière, non loin de chez les Soleil. Qui sait, plus tard, on pourrait peut-être acheter, vaut voir les taux d’intérêt et ce que la banque peut nous prêter. » (Oui, l’amour, ce n’est pas qu’une question de coup de foudre, les gars, c’est aussi une question économique !)
C’est ainsi que les Isabelleaux s’installèrent au centre de la forêt, assez loin pour être tranquille, mais assez prêt pour que les futurs enfants n’aient pas à prendre le faucon-bus pour se rendre à l’école. 
A ce jour, les isabelleaux n’ont pas encore d’enfant, mais le bruit court que ça couve sous les ailes de la belle ! 
Bref non, si je t’ai fait venir, petit lecteur, c’est pour te conter l’histoire d’Eglantine la chauve souri, qui vit la nuit, mais aimerait follement être un oiseau diurne (On appelle animal diurne un animal qui vit le jour). 
Eglantine, comme je te le raconterai dans une prochaine histoire, est complexée d’être une chauve souri, elle aime la lumière et le soleil. Pourtant, elle est super classe dans sa petite tenue gris souri, son masque de super héros, et sa cape noire… mais tu sais ce que c’est, les complexes, ça ne s’explique pas !
Eglantine nourrissait une véritable admiration pour notre couple de colombes. Souvent, cette admiration devenait de la jalousie : oh, j’aimerais tant moi aussi être amoureuse, avoir le cœur qui bat la chamade, vivre une véritable aventure, pas une amourette de midinette. 
En fait d’amourette, Eglantine n’avait rien vécu, elle était idéaliste et attendait le grand amour. 
L’autre personnage principal de mon histoire, pour le voir, cher lecteur, tu dois baisser les yeux, et regarder le plus près possible de la terre. 
On le voit passer rapidement, à la vitesse du serpent, entre les mottes et les herbes. 
Tout rabougri, il n’a rien d’un top model notre pauvre Patrick ! C’est un rat plutôt trapu, le poil aussi élimé qu’un vieux tapi. La truffe longue et tordue. Ah ça non, il ne ressemble pas à Ratatouille ni à aucune star du grand écran. Bref, Patrick est laid. Certes les rats ne sont pas les animaux les plus stylés du monde animal, mais quand même, certains ont une certaine classe. Patrick lui, même dans le monde des rats, n’a pas beaucoup de charme. 
Mais Patrick est célibataire. Un vieux célibataire endurci, que personne ne regarde. Mis à part Marcel le chat de la famille Soleil, qui rêve de s’en faire un sandwich club pour le repas. 
La première fois qu’Eglantine l’a vu, elle l’a bien entendu trouvé moche. Il faut dire qu’elle en avait entendu parler. Ainsi, elle ne le voyait pas vraiment pour la première fois, sa vue étant brouillé par tout ce que les gens disaient de lui. 
Mais la deuxième fois, il en alla tout différemment. Il faut préciser qu’Eglantine était myope comme une taupe, ce qui n’arrangeait rien. Ou plutôt, ce qui arrangea tout ! 
Notre Patrick était sorti un peu tard ce soir-là. Le moral dans les godasses, il errait sous la grange, à la recherche de rien, à la manière des poètes. 
Il semblait chercher un sens à sa vie, errant dans la poussière, comme un gueux, l’âme en peine. 
Patrick se mit à parler à voix haute, croyant être complètement seul. 
« Ah, quel poux je fais ! personne ne me regarde, je suis seul, mal aimé, j’en ai marre qu’on se moque de moi, qu’on me prenne pour un raté sous prétexte que je n’ai pas le physique de ratatouille ! J’ai le droit à l’amour moi aussi ! Les gens ne voient pas à quel point je suis généreux, à quel point mon physique ne va pas avec mon esprit, à quel point je serais plus assorti à un corps de mulot, ou à un écureuil, tiens, oui, un écureuil, courant de branche en branche. Quelle poisse, mais quelle poisse d’être ainsi condamné à la boue, aux égouts, aux railleries ! On croit que j’aime les poubelles et la puanteur, c’est faux ! Je n’aime rien tant que l’odeur des roses et des magnolias. »
Sur ces entrefaites, et à entendre le mot amour, notre chauve souri eut le cœur en vrac ! 
Elle somnolait la tête en bas, retardant le moment de se lever, enfin de se relever. 
Vu de là, notre héros poussiéreux n’était plus aussi laid. Et surtout, ce qu’il disait résonnait dans l’esprit d’Eglantine, qui se reconnaissait dans ses paroles désespérées. 
Un peu troublé par le discours du rat, Eglantine relâcha l’attention, et les doigts de pieds en éventails, elle tomba de la poutre où elle était perchée.
Le sol était trop près pour qu’elle ait le temps de se ressaisir et de déployer ses ailes. 
Qu’elle ne fut pas alors la stupeur de notre patrick, qui la reçue exactement sur la tête. 
Ils roulèrent alors dans la poussière, entrainés par l’élan, et finirent par s’écraser ensemble contre la pile de bois rangée sous la grange de la famille Soleil. Marcel le chat entendant ce raffut, rappliqua de sa planque de poilu, vit un gros tas informe et tint à l’ombre à deux têtes ce langage-là : 
- Eh, qui va là ? je vais vous faire regretter votre venue au monde, et vous renvoyer d’où vous venez, rien à voler ici, bande de nazes, je suis Marcel le chat de la famille Soleil, et toute la contrée sait à quel point je peux être sadique quand je m’énerve ! Montre ton visage, casimodo ! » Marcel avait les pattes toutes griffes dehors, et s’apprêtait déjà à jouer du couteau sur le petit corps misérable échoué dans le bois. 
- Non, non, ne sort pas tes griffes, c’est moi, Eglantine ! 
- Ah , mais ça va pas, tu vas te prendre une balle perdue, un jour , toi ! mais que fabriques tu ? »
Une seconde tête s’extirpa de l’ombre : c’était Patrick, complètement perdu, les yeux louchant, et des brindilles collées à sa vilaine face de rat. 
- Ah, ah, ah, Patoche ! Tu es fait comme un rat ! Ah mais quelle dégaine ! Non mais vraiment Eglantine, surveille tes fréquentations. Si t’as pas d’ami, prends un curly, mais évite de trainer avec un rat d’égoût !
- Patrick n’est pas un rat d’égoût, c’est un poète, une belle âme, tu te méprends méchant chat ! 
Patrick regarda Eglantine, surpris comme jamais des chaudes paroles de la pimprenelle. 
Leurs yeux se rencontrèrent, elle pâlit (autant que ce peut une chauve souri), il rougit à sa vue, et Marcel ne sut que faire, il repartit en se grattant la tête avec ses griffounettes ridicules, ne comprenant rien de ce qu’il se passait. 
Les deux ombres grises s’époussetèrent et se séparèrent après des « euh, ah, oh, ben » et sans un mot de plus, gênés par l’aventure. 
Depuis cette étrange nuit, Patrick venait roder sous la grange, mais en prenant bien soin de ne pas être vu. Se cachant derrière les buches. 
Eglantine le regardait alors à l’envers. Il ne savait pas qu’il était vu, mais elle, elle savait qu’il était là pour elle ! quel bonheur ! quelle joie de se savoir aimée ! Puis elle se ravisait, et se disait que peut-être il venait ici parce qu’il aimait trainer là, profiter de la chaleur de la grange, et de la proximité de la famille Soleil, et de ses poubelles, que madame Soleil prenait grand soin d’exposer à la truffe de Patrick, lui laissant souvent des miettes de gâteau au chocolat, ou des bris de patte à tarte, un délice ! 
Mais Patrick passait devant les poubelles sans même y jeter un regard, lui qui les aurait dévorées quelques semaines auparavant. Non, patoche ne mangeait plus, mais ne manquait pourtant pas d’énergie. Au contraire, il était plein de cette joie extraordinaire. Joie qui remplace et la faim, et le sommeil. 
Dans la contrée, chacun y allait de son petit commérage : « Le rat d’égoût dégoutant a perdu la tête ! » « Eglantine chauve sourit plus que d’habitude ! » « paraitrait même qu’elle se met du rouge à lèvres maintenant ! n’importe quoi ! »
Marcel suivait le petit manège des deux mammifères avec une délectation méchante. Il aurait pu de nombreuses fois sauter sur notre doux patoche, tant celui-ci manquait de vigilance, toujours absorbé par des pensées mystérieuses. 
Mais Marcel préférait résoudre l’énigme, perché sur une poutre de la grange. Quel spectacle : il pouvait voir Eglantine pendue par les pieds, se contorsionner pour apercevoir la petite face de rat entre les lattes, mais aussi la petite face de rat chercher du regard Eglantine, qu’il ne parvenait pourtant jamais à voir. 
Un jeu de regard aussi stupide qu’amusant, pour le cruel chat qui ne tarda pas à faire courir la rumeur : 
« Eglantine et Patoche en pincent l’un pour l’autre ! »
Evidemment, on imagine la réaction des animaux de la contrée et en particulier les enfants de la famille Soleil. Les cinq chiens y allaient de leur avis, stupéfaits d’apprendre une nouvelle aussi risible. 
Au repas du soir, environ un mois après la première rencontre accidentelle de nos deux personnages, tout le monde était réuni autour de la table : 
Ando lança : « - et devinez quoi, face de rat et Eglantine sont amoureux !
- Ce sont des rumeurs, les enfants, dit Madame Soleil, n’écoutez pas les ragots , et ne parle pas ainsi de Patrick, Ando, c’est méchant et nous ne t’avons pas élevée dans cet esprit-là ! 
- Ben, Patrick a quand même une ganache à effrayer un blaireau, faut pas se la raconter ! dit en riant l’ado Nestor. D’ailleurs à côté, Gilette est un véritable playboy. 
Et tous de rire et de mimer le pauvre petit rat, dont ils ne savaient finalement pas grand-chose. 
« - Non, moi ce qui me préoccupe, déclara finalement monsieur Soleil, c’est la différence de nature entre Eglantine et Patrick. Enfin, comment peut se terminer une histoire entre une chauve-souris et un rat ? En admettant qu’ils soient amoureux, que peuvent-ils faire de cet amour ? 
- Enfin, voyons, si je peux me permettra, précisa Hélios, le chien scientifique de la maison, l’amour se fiche pas mal de la raison ! 
- Comment le sais-tu, toi, dit Ando sur le ton ironique qu’on lui connait. Tu n’es qu’un chien de bibliothèque ! Le seul amour que tu connais, c’est celui qui t’attache à ton télescope et à tes lunettes ! 
- Et bien, justement, se défendit notre chien savant, l’amour de la science, c’est de l’amour et j’en connais peut être davantage que toi, qui passe ton temps à te moquer des autres…
- Moi, je comprends qu’une chauve-souris puisse aimer un rat, dit Tonton Barnabé, pour qui Eglantine comptait tant. 
On sait que Barnabé aime discuter avec elle jusqu’à des heures avancées de la nuit, et il se félicite secrètement que sa meilleure amie soit tombée amoureuse, elle qui sombre si souvent dans une humeur mélancolique, aussi sombre que la nuit. 
Au bout de quelques semaines de commérage, le rat et la chauve-souris n’osaient plus sortir de peur de se croiser, tant ils avaient l’un et l’autre honte de leurs sentiments. 
Pourtant Eglantine avait la certitude que Patrick était un rat exceptionnel. La nuit, elle pensait à lui en regardant la lune. De son côté, Patrick restait émerveillé par la rencontre d’Eglantine, qui lui avait renvoyé, pour la première fois de sa vie, l’image d’une belle personne. 
Il revoyait la scène, dix fois, cent fois, mille fois, la recomposait à l’infini, introduisant des éléments nouveau, inventant certains détails qu’il n’avait pu voir ce fameux soir de la chute dans la grange. 
S’il arrivait par le plus grand des hasards qu’ils se croisent, Eglantine partant au crépuscule, alors que Patrick revenait chez lui, après une journée de travail, à fureter dans les trous et les dédales des poubelles de quoi survivre, ils faisaient semblant de ne pas se voir, et étant bien certains de ne plus être vus, se retournaient l’un et l’autre au même moment, ce qui fait qu’ils étaient finalement pris en flagrant délit d’amour !
Dans son for intérieur, Eglantine tentait de se raisonner : cet amour est impossible. Oh, quelle tristesse, quelle tragédie ! Jamais au grand jamais la société n’acceptera l’amour d’un rat et d’une chauve-souris. Nous sommes condamnés à ne pas être ensemble ! 
Et Eglantine se lamentait, activité qu’elle maîtrisait à la perfection, il faut bien le dire. 
De son côté, Patrick était de plus en plus gagné par la honte. Il se sentait misérable, petit, moche, monstrueux, et ne pouvait croire en cet amour insensé. 
Il ferait bien de trouver une petite rate au nez tordu, à fonder une famille de rats tordus et tout rentrerait dans l’ordre. Seulement pas une seule rate ne pouvait lui plaire, même pourvue d’un nez tordu. Il avait Eglantine dans la peau. 
Un jour, Patrick, certes honteux et malheureux, mais incapable de renoncer à son amour, eut une idée de génie. Dans un tissus ramassé dans la poubelle de la famille Soleil, une chemise sans doute, il confectionna une paire d’ailes. 
Il eut grand mal à escalader les murs de la grange, croisa Marcel le chat, qui par miracle, ronflait comme un soldat dans une botte de paille, et trompa la vigilance du gros chat Rodrigue, absorbé par un vieux reste de pâté odorante. 
Arrivant près de la cachette d’Eglantine, il prit soin de frapper contre la poutre pour ne pas l’effrayer. 
Celle-ci était comme de coutume pendue par les pieds, et vit les ailes de Patrick ramasser la poussière du sol. 
- Mais voyons, mais pourquoi ? 
Eglantine était autant étonnée qu’émue par la venue de celui qu’elle reconnaissait aisément tant le déguisement était mal fait, artificiel et ne cachant finalement pas grand-chose du petit rat d’égout dégoûtant. 
Patrick n’attendit pas d’autres questions et récita le texte qu’il avait dû préparer minutieusement : 
« - Je n’ai pas confectionner ces ailes ridicules que tu vois pour me déguiser. Mon but n’est ni de me cacher, ni de passer pour un autre que celui que je suis. Mais je veux que tu me vois vraiment, Eglantine, et ces ailes veulent simplement de te permettre d’oublier que je suis un rat. Un vilain rat. Je suis Patrick, et je suis éperdument amoureux de toi. Je sais que notre amour est impossible et pourtant… 
- Oh, Patrick, enlève ces ailes de tissus, tu n’en as pas besoin car je te vois tel que tu es : doux, gentil, intelligent et plein d’imagination. 
- Mais je suis très vilain, d’après ce que les gens disent ! 
- Les gens ne t’ont jamais vu à l’envers ! Répondit Eglantine. 
Puis la petite créature grise donna un coup d’ailes et se mit sur ses pieds, regardant enfin Patrick à l’endroit. Celui-ci baissa la tête de honte, et laissa tomber ses ailes de tissus sur le sol. 
Eglantine s’approcha alors de lui et lui dit dans l’oreille « l’amour voit ce que personne ne voit. »
Des mois plus tard, l’amour d’Eglantine et de Patrick était devenu une évidence. Comme les deux colombes, on ne pouvait les imaginer l’un sans l’autre et l’une sans l’un. Certes ce couple n’était pas banal, et se démarquait par leurs nombreuses différences. Là où les colombes étaient semblables au point d’être confondues, nos deux mammifères n’avaient pour seul point commun que leur amour. 
Ils vivaient désormais tous les deux dans la grange des soleil, et Patrick devint vite un ami précieux de tonton Barnabé, qui n’avait jamais vu Eglantine plus heureuse. Patrick se mit rapidement à vivre au rythme de la chauve-souris, vivant la nuit, dormant le jour. Lorsqu’elle dormait, Eglantine, toujours pendue par les pieds, tendait sa petite main vers Patrick, et enlaçait ses doigts. Ainsi, ils étaient aussi proches que peuvent l’être deux personnes qui s’aiment. 
"Et l'avenir? " disaient les mauvaises langues et les rabats joie ? L’avenir commençait aujourd’hui, à cet instant, dans la grange. "

Caroline Drahi 
Les contes thérapeutiques de la famille Soleil 
(Hélios et Compagnie)

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