"Chacun est singulier et c'est dans la vérité singulière que se trouve l'essence de l'humain." Julia KRISTEVA

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Un conte phénoménologique

Le 01 juin 2015
Un conte phénoménologique
"Marcel souffle sur les plumes" est une courte histoire qui illustre les bienfaits de la respiration en sophrologie

Marcel le chat souffle sur les plumes

 

Marcel le chat avait une manie. Une bien étrange manie, à vrai dire, qui faisait sourire les autres chats de la contrée.

Marcel soufflait sur les plumes.

Ce félin extraordinaire, reconnu pour être un tyran exemplaire, ayant à son actif plusieurs blessures, injustices et autres misères infligées à ses congénères, se postait devant la cage, très tôt le matin, et soufflait sur les plumes qui ornaient le sol.

Les oiseaux n’étaient pas particulièrement effrayés car ce petit manège durait depuis plusieurs mois. C’est une habitude qui lui était venu lors d’une mue remarquable, à la venue du printemps précédent.

Il lui arrivait parfois de s’adonner à cet étrange hobby le soir, en général les soirs où il était énervé, ou bien si la journée avait été calamiteuse, qu’il n’avait pu martyrisé personne.

Il fallait le voir gonfler ses petites joues, tendre ses moustaches et expirer l’air sur le sol plein de sable anisé. Les petites et minuscules plumes s’envolaient alors et c’était un festival de couleurs, le jaune, le rose, le rouge, le blanc et l’or, festoyaient dans l’air et caressaient le ciel.

Les oiseaux eux-mêmes admiraient le spectacle, prenant conscience du superbe plumage dont Dame Nature les avait doté.

« -      J’ignorais qu’on était si beaux, siffla un jour Irène.

-          Et moi que nos plumes fussent si légères, ajouta Osiris.

-          Il me semble que nous sommes des anges, pour porter des matières aussi nobles, dit encore Karl, assez porté sur la mode, il faut bien le dire. »

Marcel soufflait, soufflait, soufflait jusqu’à ce qu’il ne reste plus aucune plume sur la terre. Il repartait tranquille, le museau recouvert de micro plumes, en chantonnant, joyeux et serein.

Un jour, Suzanne la petite chatte écaille de tortue, voulut enfin savoir la raison de ce cérémonial. Elle-même s’adonnait à un étrange cérémonial, mais c’est une autre histoire ; en tous cas, elle était bien placée pour savoir que chacun d’entre nous vit d’une manière unique et personnelle et qu’il faut savoir rendre l’existence plus légère.

L’interceptant sur le rebord de la fenêtre de la chambre de Nestor Soleil, l’ado de la famille, Suzanne lui fit cette réflexion :

«  -      Tu sembles si content lorsque tu souffles sur les plumes ! Cela m’étonne d’autant plus que le reste du temps, tu n’es pas un tendre. Toujours de mauvais poils, souvent agressif et fourbe. 

-          Ne te donne pas tout ce mal pour me flatter mauviette ! Je fais ce que je veux, quand je veux, c’est ainsi ! lança-t-il avec un sourire narquois.

 

-          Loin de moi l’idée de t’en faire le reproche… si tu me permets … je voudrais juste comprendre pourquoi tu souffles sur les plumes, insista Suzanne.

 

-          Je ne souffle pas sur les plumes, Mini portion, je respire avec les plumes.

 

 

-          Tu respires avec les plumes ? Suzanne ouvrait de gros yeux globuleux.

 

-          Oui, je ne suis pas étonnée de ta lenteur à comprendre, mais … par compassion pour ton manque d’intelligence, je t’explique (la petite chatte écaille de tortue ne releva pas ce pique, trop curieuse d’apprendre les raisons de l’étrange rituel de Marcel) : Les plumes, vous, vous les regardez comme des objets très beaux, car vous avez l’âme romantique, mais moi, je suis un stratège, un pragmatique. Si je souffle sur les plumes, c’est tout simplement que cela m’aide à respirer. Après une bonne journée à tyranniser mon entourage, j’ai besoin de souffler, pour de vrai. Tout le monde m’agace, dans cette casbah, on n’est jamais tranquille. L’air me manque et les plumes m’aident tout simplement à le retrouver.

 

 

-          Mais ce n’est qu’un exercice, pour toi ? s’étonna Suzanne.

 

-          Exactement, tu as compris petite tête de tortue.

En affirmant cela, pourtant, Marcel (sans doute sans en avoir conscience) mis un petit coup de patte amical sur l’épaule de sa « camarade ».

Alors Suzanne, qui était en fait fort intelligente et subtile, comprit tout.

Maintenant qu’il avait bien respiré en soufflant sur ses plumes, le tyrannique Marcel changeait de visage. Celui-ci devenait amical, presque tendre, en tous cas complice.

En se frisant les moustaches, l’air de rien, Marcel se retourna en montrant son blanc postérieur. «  C’est pas tout ça, ma belle, mais ce petit exercice de méditation m’a ouvert l’appétit. Je vois au loin madame Soleil et j’entends le crunch crunch de ses croquettes. »

Suzanne vit le bougre se diriger en trottinant vers madame Soleil, tout sourire en voyant arriver son gros chat. Contre toute attente, il ne jeta pas un œil à sa gamelle, mais se frotta contre les jambes de sa maîtresse, en prononçant des ronrons interminables.

Dieu des chats ! Il y avait bien un petit cœur tendre qui battait derrière cet apparent cœur de pierre.

 

 

 

 

 

 

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