"Chacun est singulier et c'est dans la vérité singulière que se trouve l'essence de l'humain." Julia KRISTEVA

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Que se passe t-il en thérapie de groupe ?

Le 02 mars 2015
La chambre noire : métaphore de la thérapie de groupe

Dans la thérapie de groupe, comme dans la thérapie individuelle, l'espace est double : espace physique, espace psychique. Le groupe implique cependant que ce double espace soit partagé, et exige alors une déontologie à laquelle on ne peut se soustraire, au risque de mettre en péril l'équilibre et du groupe et des participants. L'espace partagé est un espace protégé. Que se passe-t-il en travail de groupe qui ne se passe pas ailleurs ? Faisons une analogie avec la photographie. La chambre noire est le lieu de la révélation des images. Si les images sont extraites de la réalité, c'est dans la chambre noire qu'apparaissent les ombres, les lumières, les couleurs et les formes. De la même manière, en thérapie de groupe, une œuvre de reconstruction par la parole se fait alors en marge de la réalité, dans cet espace protégé, espace de l'intime, espace de "hors-temps". Alors, il convient de respecter certains principes, ouvrir la porte brutalement, laisser le papier dans le bain trop longtemps, ou pas assez longtemps peuvent rendre l'œuvre caduque. Ces principes sont les suivants : - le non jugement / la bienveillance : les participants sont invités à parler d'eux, de leurs souffrances, de leurs désirs, en toute sécurité. Le cadre thérapeutique implique une bienveillance partagée, et le thérapeute s'en porte garant. - La circulation de la parole : chaque participant sait qu'il peut s'exprimer. Différentes personnalités sont représentées dans le groupe, et il revient au thérapeute de veiller à l'équilibre des forces. Les plus timides, les plus réservés, ou ceux qui ont l'habitude de laisser leur place auront tendance à s'effacer. Leur donner la parole revient à leur rendre l'air qu'ils méritent. ( Mais attention, on ne grimpe pas le Mont Blanc sans s'être préalablement habitué à l'altitude. Il faut respecter le rythme de chacun, et ce n'est pas la quantité de paroles qui importe.) - le respect des émotions qui se manifestent : pleurer, rire, être blessé, être indigné, ou en colère.... toutes les émotions humaines peuvent jaillir pendant la séance. Cela fait partie du travail thérapeutique de passer par cette traversée des affects. Toute émotion nommée commence déjà à être dénouée, éclaircie, et apporte un supplément de connaissance de la personne sur elle-même. Les participants doivent être certains des principes précédemment cités pour pouvoir laisser l'émotion se manifester sans crainte.

La thérapie de groupe offre une grande richesse, car deux alliances sont créées : celle avec le thérapeute, et celle qui lie les différents participants. Se joue ou se rejoue les problématiques du lien, sauf que dans cet espace qui est réel, mais qui n'est pas exactement la réalité du monde, ces problématiques sont observées, et explicitées. Il n'est pas rare que des amitiés se créent au sein d'un groupe thérapeutique. En général, le sentiment réciproque qui unit les participants naît d' un partage unique et d'une écoute particulière, qui en fait toute la profondeur. Le thérapeute, lui, restera en marge, dans ce réel circonscrit au cadre. Il est là pour sublimer le vivant chez les autres, pour les aider à recouvrer les forces de vie nécessaire à une existence en adéquation avec leur personnalité, leurs attentes, et leurs capacités. Si le professionnel a alors un souhait : c'est un retour à la réalité dont il serait absent. L'avenir d'une photographie n'est pas de rester indéfiniment accrochée dans une chambre noire. Le photographe ne doit pas figurer sur l'image révélée.

Caroline DRAHI

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