"Chacun est singulier et c'est dans la vérité singulière que se trouve l'essence de l'humain." Julia KRISTEVA

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Le travail thérapeutique avec les enfants.

Le 19 février 2015
Le travail thérapeutique avec les enfants.

Du travail thérapeutique avec les enfants :

Émerveillée par les capacités dont font preuve les enfants, je jette un regard naïf, si possible aussi neuf que le leur, sur le monde qu'ils acceptent de partager avec moi, le temps d'une séance. L'absence de toute considération psychopathologique présente cet avantage d'aborder les enfants comme si j'étais une page blanche tenue volontairement disponible pour qu'ils écrivent dessus. Rien n'est connu, rien n'est déjà vu, rien ne m'apparaît que je puisse nomenclaturer ou enfermer dans un savoir. Alors le savoir intervient simplement pour me guider sur la résolution d'une souffrance. Mais "l'impression" importe davantage que la connaissance, dans le temps de l'écoute et de la parole échangée.
L'enfant est un être en constante métamorphose (l'adulte aussi mais Dieu ce que l'adulte résiste à la métamorphose, certain qu'il est d'avoir fini sa maturation, parce que celle-ci ne vient plus du corps, ni même du cerveau mais de l'esprit, de la conscience) qu'il convient d'accompagner avec la même prudence qu'on met à manipuler une fleur en sucre, ou un oisillon aux ailes fraîchement déployées. Hors cadre thérapeutique, comment aider nos enfants ? Ne calquons pas nos certitudes sur ces jeunes êtres, qui sont jetés dans le monde réel comme des "étant". Partons plutôt d'eux.
Les années 60- 70 ont considérablement changé les méthodes éducatives. Puis on a regretté et pesté contre le tout pédagogique, et l'excès avec lequel on nous invitait dans ces années-là à "laisser faire l'enfant". En effet, écouter l'enfant n'est pas le laisser vagabonder dans une liberté vertigineuse, dont il ne saurait que faire, qui l'inquiète et le fragmente. S'il faut partir de l'enfant, c'est qu'il faut trouver les clés pour le sécuriser et le comprendre. Imposer des règles, oui, elles sont essentielles puisqu'elles tissent un filet de sécurité psychique, et contient l'enfant là où ses forces de vie pourraient le faire exploser en mille morceaux. Mais juguler ou régler ne revient pas à conditionner.
Si nous collons de manière artificielle nos principes éducatifs sur de jeunes esprits en formation, nous oublions de les regarder, de nous étonner, de nous émouvoir. En fait, nous omettons d'en faire des sujets pensants, différents de nous. Ils sont pourtant des individus dont les manifestations dans le monde sont plurielles et diverses. Élever un enfant exige de la part des parents une créativité quotidienne. Les parents doivent également se considérer eux-mêmes comme des éducateurs différents de leurs propres parents. Élever un enfant c'est réfléchir son propre conditionnement, éclaircir ce qu'on a reçu, savoir séparer la lie de l'ivraie, rendre grâce pour le bon, faire le deuil de l'idéal, et se débarrasser du mauvais. Qu'on se pose cette question : avec cet enfant-là, comment puis-je faire au mieux ? Question qui sera renouvelée par la naissance d'un nouvel enfant. Puisque il n'est pas une relation qui ressemble à une autre relation. Je vois venir en thérapie des parents extraordinaires, qui ont une conscience élevée de leur rôle. La voie est alors ouverte, car ces parents pensants cherchent à comprendre la magnifique et merveilleuse énigme que la vie leur a prêtée.
En tant que thérapeute, j'en sais moins qu'eux. Je ne connaîtrais jamais leur enfant autant qu'eux, et cela n'est ni souhaitable ni nécessaire à l'aide que je peux leur apporter. L’œil thérapeutique doit être utilisé comme un tiers, une loupe grossissante, une sorte de révélateur, parfois un médiateur, souvent une présence étayante et rassurante, qui confirme le parent dans ses capacités d'amour.
Car sans l'amour, on ne peut rien. Avec l'amour - et les parents n'en manquent pas - l'éducation promet d'être une aventure chaque jour nouvelle, terre inconnue habitée par des joies et des peines, des angoisses et des émerveillements. Voilà ce que l'on fait : on est du côté de l'amour, et le reste est donné au centuple.

Caroline DRAHI

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