"Chacun est singulier et c'est dans la vérité singulière que se trouve l'essence de l'humain." Julia KRISTEVA

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La liberté, le déconditionnement, le mouvement en psychothérapie

Le 12 février 2015
La liberté, le déconditionnement, le mouvement en psychothérapie
La liberté, le déconditionnement et le mouvement sont trois termes au centre du processus thérapeutique

La liberté, le déconditionnement, le mouvement à l’âge adulte

Voici trois termes au centre du processus thérapeutique.

  • Les conditions propices au déploiement de la liberté dans le cadre thérapeutique :

Pour que ces processus aient une chance de se déployer, il est nécessaire d’utiliser des outils clairs et cohérents, d’être transparent et de ne pas exploiter la moindre croyance chez le patient.  Le choix d’outils est secondaire, tant que leur usage correspond à une pratique réfléchie, à un protocole précis et à une ligne de conduite fiable. 

La psychothérapie exige beaucoup d’humilité de la part du thérapeute, un positionnement juste qui exclu toute prise de pouvoir, les deux êtres en présence n'étant pas dans des rapports de dominants, dominés, mais dans des rapports de soignants, soignés.  La thérapie ne vise nullement à asservir, à rendre dépendant ou à imposer un point de vue à un patient. 

Une loi visant à contraindre la pratique de la psychothérapie et à réduire l’usage du terme « psychothérapeute » a dû intervenir précisément là où trop de pratiques s’éloignaient du champ de la psychothérapie et des exigences déontologiques et éthiques qui lui sont rattachées.

Ainsi la psychothérapie ne peut se confondre avec une pratique spirituelle ou religieuse.  Si la considération apportée à la dimension spirituelle de l'être humain est évidemment fondamentale dans la manière hollistique de l'envisager - l’être humain est un être éminemment spirituel - la psychothérapie ne vise pas un travail spirituel.  Il est possible de parler avec des signifiants religieux s’ils sont utiles à une symbolisation mais il est pour nous prohibé de faire la moindre confusion entre les sphères psychique et spirituelle. 

Nous nous attachons à rester rationnel et à baser notre pratique sur des concepts issus de la psychologie ou de la psychanalyse.  S’inspirer de techniques différentes et originales implique de pouvoir citer ses sources et de ramener l’outil à son efficacité rationnelle.  Pour le dire simplement, il est proscrit de parler un jargon confus qui induise une croyance ésotérique.  Certains mots doivent ainsi être maniés avec une infinie précaution : « énergie », « régression », « Trans générationnel »...   Un être en souffrance est un être vulnérable et outre les pratiques sectaires, il existe de nombreuses interprétations ou propositions délirantes qui ne doivent pas entrer dans le cadre de la psychothérapie.

  • La liberté, notion relative qui vise le déploiement de la créativité et de la singularité en chacun

La liberté individuelle est une valeur de référence en psychothérapie.  Employée ici d’un point de vue psychologique, la liberté est une notion vaste qui interroge notre condition humaine.  Le soin psychothérapeutique ne vise pas l’enfermement du sujet dans un diagnostic même si ce diagnostic peut s’avérer utile et parfois obligatoire pour aider un individu en souffrance psychique.  Lorsqu’une personne est déjà fortement assujetti à un symptôme ou à une pathologie psychique, le projet de la thérapie est au contraire de faire en sorte que la personne retrouve de la subjectivité.  Un individu pris en charge médicalement se sent parfois dépossédé de son corps, de son libre arbitre et privé de sa liberté. 

La psychothérapie est compatible avec des soins psychiatriques qui proposent des solutions pharmaceutiques et une orientation médicale. 

Les cas que nous rencontrons en cabinet privé sont beaucoup plus simples sur le plan psychopathologique que ceux rencontrés en structure spécialisée.  En général les patients qui viennent à nous sont en souffrance mais sont dans la réalité.  « Conscience de la réalité » qui distingue un profil névrotique d’un profil psychotique.

Que signifie la notion de liberté en psychothérapie ?

  • Indépendance intellectuelle, individuation, autonomie

La liberté s’apparente aux notions d’indépendance intellectuelle, d’individuation, d’autonomie.  La liberté est ce qui caractérise le lien avec le thérapeute.  Chaque patient est libre de s’engager en thérapie ou pas, de cesser le travail quand il le souhaite.  Le projet de la thérapie étant de faire en sorte que l’individu puisse un jour se passer de tout accompagnement psychologique.

Chaque patient doit se sentir libre d’adhérer aux propositions du thérapeute ou de les refuser.  Ainsi l’alliance permet une interaction constante entre les deux protagonistes, le patient et le thérapeute.  Nous proposons en effet en entretien individuel une modalité de relation basée sur l’échange et le "feed back".  

Un outil thérapeutique doit toujours recevoir une adhésion de la part de la personne à qui on le propose.  D’autre part, aucune personne ne peut se laisser imposer une interprétation ou une piste de réflexion.

Le thérapeute propose, le patient dispose en quelque sorte.

  • La neutralité du thérapeute : une idée floue et contestable

Le thérapeute n’a pas une exigence de silence et de neutralité absolue.  On parle en effet de « neutralité bienveillante » dans le sens du non jugement et de l’accueil de l’autre avec le plus de disponibilité possible.  La neutralité en réalité n’existe pas vraiment, excepté concernant le sens moral qui ne doit pas interférer dans l’accompagnement thérapeutique.  Nous ne sommes pas là pour dire au patient ce qui est bien ou mal, sauf lorsque sa survie psychique est en jeux ou lorsque le bon sens nécessite une intervention citoyenne.

Ne pas porter de jugement et ne pas donner son avis impliquent de réserver les conseils aux situations appropriées.  Le thérapeute ne conseille pas. Il n’est pas pour autant une surface lisse sur laquelle la parole du patient rebondit.  Il a le devoir de taire son point de vue si cela retire de la liberté au patient.  Il a le devoir de dire son point de vue quand la sécurité de la personne l’exige.  

Finalement, le terme « neutralité » a été utilisé de manière un peu systématique comme étant la position la plus juste qui soit, et comme étant la seule réalité possible dans le cadre thérapeutique.  Or une relation interpersonnelle implique des échanges psychiques conscients et inconscients et la neutralité absolue n’existe pas.  Il faut toutefois savoir se taire.  Certaines thérapies nécessitent davantage de paroles que de silences et chaque parole prononcée peut engendrer une diminution de la neutralité.  Par principe, la parole est reçue avec une panoplie de référents culturels et une sensibilité propre.  Le mot renvoie une multitude de représentations et il est assez rare de se rencontrer dans un univers référentiel identique. Ainsi le thérapeute veille à définir les termes et les expressions employés par le patient.  La reformulation vise en effet ce travail de rencontre à l’endroit de la parole pour être au plus près de l’univers mentale de cette personne.  « Entendre » en thérapie c’est tenter de comprendre.  Si le thérapeute prend en considération l’univers de l’autre, il travaille aussi sur ce qui lui échappe.  Il navigue dans un espace d'incertitude, lieu ignoré d'échange de signifiants d'où la créativité peut jaillir. 

Ainsi de la neutralité du thérapeute ne dépend pas la liberté du patient.

Le psychanalyste sera bien évidemment plus neutre qu’un thérapeute hypnotiseur ou un thérapeute dont la pratique est basée sur la recherche d’une solution, méthodes qui jouent sur la suggestion.  

  • Le respect de l’altérité, l’accueil de la parole, la reconnaissance d’une singularité

La rencontre permet à la liberté de prendre de l’amplitude si le patient se sent respecté, accueilli, compris et s’il se sent écouté dans sa singularité. De la reconnaissance de sa différence nait un mouvement de libération.

En outre, être libre vis-à-vis de son thérapeute réside sur le refus de se laisser enfermer dans un paradigme intellectuel, dans un cadre théorique, dans une étiquette diagnostic.  De la sorte être considérée comme "tout autre" devient une nécessité.  Le cabinet de psychothérapie parce qu’il propose un cadre solide, fiable et sécurisant, permet une grande latitude dans l’accueil qu’il propose.  Ne pas réduire le patient à sa pathologie donne les prémices d’une mise à distance de la maladie et d’une mise à disposition de capacités de création, tant du côté du soignant que du côté de la personne qui cherche de l’aide.

  • Le déconditionnement social

Je parlerai maintenant du déconditionnement envisagé par le travail thérapeutique.

Chaque être humain est construit selon un modèle culturel.  Chaque personne dispose de référents personnels qui lui permettent de penser le monde et d’entrer en relation. Les multiples sollicitations, excitations, interdictions et autorisations de l'environnement permettent la construction identitaire.  Le langage est également une construction qui permet à l’être humain de nommer les choses, de donner du sens au monde et de rentrer en relation.

Dans la psychologie béhavioriste, le conditionnement est le mécanisme de base de l’apprentissage.  Il consiste à créer une association systématique entre un « stimulus » (un mot par exemple) et un « comportement » (un geste, une action). 

L’être humain est ainsi construit dans un environnement qui lui donne des repères et des ressources, une personnalité, et qui lui donne la parole en même temps que la pensée s’élabore.

Le petit d’homme s’enrichit au gré des stimulations et des relations.   On sait la place du mimétisme dans les apprentissages précoces du bébé.  L'enfant se modèle et se structure en fonction d’interdits parentaux et sociétaux.  Certains interdits sont fondamentaux et permettent à l’homme d’intérioriser ce qu’il pense sans s’en ouvrir aux autres.  Ils lui permettent évidemment de différencier précocement le bien du mal, de s’intégrer à la vie sociale sur le mode de la politesse, du respect des autres et de la retenue.  Ils lui permettent grâce à un mécanisme de refoulement de ne pas laisser ses pulsions s’exprimer librement, de contenir son immense énergie libidinale.  

Ainsi l’enfant apprend à ne pas crier, à ne pas exprimer sa colère sur un mode violent, à ne pas dire tout ce qu’il pense à sa maitresse !  La réalité lui impose des limites sécurisantes, Il apprend à gérer ses frustrations, à se retenir, enfin à « intérioriser ». 

Cette partie fondatrice de la personnalité constitue ce que Freud a appelé le « surmoi », instance autoritaire qui permet de vivre en société et constituée en partie par des principes éducatifs transmis par les parents ou les adultes référents.

Nous héritons ainsi d’une éducation et de représentations parentales.  Il s’agit de schémas mentaux plus ou moins conscientisés, de modèles de vie, de réussites sociales, de vertus...  Cela comprend les valeurs mais aussi « les préjugés », ce qu’on appelle des « représentations sociales ».  

  • Quand le conditionnement participe à non plus à nous structurer mais à nous empêcher

  • Les peurs

Le conditionnement comprend également les peurs ou les émotions négatives qui traversent les générations comme par magie pour empêcher un individu d’être libre de vivre, d’aimer ou de prendre des risques.

Les peurs peuvent être travaillées en thérapie en vue de s’en dégager et de prendre le risque de jouir de la vie.

Les schémas de vie peuvent représenter des obstacles au bien être ou au développement d’une identité vraie  Un travail thérapeutique permet de s’extraire de schémas parentaux instaurés comme de véritables prescriptions, garantes du bonheur et de la vérité.

  •  valeurs

Les valeurs sont dans leur grande majorité héritées de nos parents.  Elles sont également transmises par les structures sociales qui ont participé à notre éducation.  C’est magnifique de grandir avec des valeurs fermement énoncées.  En revanche cela peut devenir invalidant lorsqu’il y a une confusion entre les valeurs intériorisées qui sont le propre d’une personne et les valeurs de sa famille, valeurs parfois « tyranniques », affirmées sous forme de dogme, de façon très autoritaire. On peut citer en exemple les notions de fidélité et de loyauté qui peuvent induire une dette de vie et à ce titre engendrer une culpabilité excessive chez une personne.  Autre exemple assez proche : une personne peut rester attachée à un traumatisme familial, à une histoire douloureuse, rattachement qui l’enferme et le condamne à une souffrance infinie irrésolue et indépassable, histoire qui le condamne au malheur.  

  • Trouver son propre chemin

La thérapie peut favoriser un déconditionnement dont l’objectif est de trouver sa propre voie, d’affirmer sa personnalité propre.  Il s’agit d’une permission donnée d’exister par soi-même en assumant ce qui nous fait tout autre, différent d’une communauté, d’une famille, d’un père, d’une mère.  Devenir adulte signifie précisément penser par soi-même, dégagée de la nécessaire adhésion de ses parents et dégagée d’une certaine orientation mentale.  Cela permet une ouverture d’esprit, le déploiement d’une curiosité intellectuelle nouvelle, l’investissement d’autres lieux de rencontres, d’autres champs d’expérimentation.  En somme cela permet à la créativité d’advenir ou de revenir là où elle était peut-être étouffée et au désir de réapparaitre lorsqu’il était ensommeillé.  Quelque chose en soi peut renaitre grâce à cet exercice de libération et de redéfinition de ses propres capacités. 

Il est possible de conscientiser ce qui provient des parents de ce qui appartient en propre à l’individu.  Il est possible, sans renier ce qu’on a reçu, de ne conserver que ce qui correspond à nos valeurs propres, celles qui nous rendent authentique et de réfléchir aux contraintes héritées de nos parents, contraintes qui peuvent empêcher le processus d’autonomisation et réduire la créativité.  Le grand projet de la thérapie est de faire advenir l’être authentique en soi.  Se connaitre dirait-on, et cesser de lutter contre des forces contradictoires.

Le déconditionnement consiste ainsi à se séparer de la pression parentale et sociale qui nous fait moins authentique, plus perméable aux jugements d’autrui et moins acteur de sa propre vie.  Le libre arbitre peut enfin trouver à s’exercer et permet à l’esprit de retrouver de l’amplitude, une certaine forme d’autonomie.  Les modèles parentaux enferment lorsqu’ils ne sont pas pensés de manière à être réappropriés.

Enfin nos actions sont inscrites dans des schémas organisateurs et structurants qui ne sont pas mauvais en soi, au contraire ! Ils ne sont problématiques que lorsqu’ils font souffrir et empêchent de trouver sa place dans l’existence et de l’amplitude dans sa vie.

  • Devenir adulte

Devenir adulte ce n’est pas obligatoirement se désolidariser de ses modèles parentaux mais c’est se différencier pour devenir unique.

  • Le mouvement psychique, la capacité d’agir

Le mouvement advient là où l’homme prend le soin de se libérer de ses conditionnements.  Le mouvement permet le déconditionnement qui lui-même permet le mouvement.

La vie psychique est en mouvement par nature.  Le vivant, l’animé sont caractérisés par le mouvement.   La vitalité qui traverse l’être humain est entendu en terme de désir.

Un humain qui désire est un humain pleinement vivant.  Ne dit-on pas que le symptôme dépressif correspond à une perte de désir, plus ou moins radicale, qui crée la paralysie, la fatigue physique et psychique. 

Le mouvement c’est la vie.  Tout comme le corps est traversé de perceptions et de mouvements viscéraux continus, la vie psychique est traversée de pensées, d’éprouvés, de vitalité.  Une vie psychique riche et saine est une vie intérieure libre dont la mentalisation s’accompagne d’imagination, de fantasmatisation, d’émotions pleinement vécus.

Ainsi pour créer du mouvement dans sa vie psychique on a tout intérêt à se pencher sur ce qui nous conditionne encore à l’âge adulte, ce qui nous retient, nous empêche, nous enferme et nous rend peu propice à la liberté de faire des choix pour nous même. 

Pour finir, le plus grand conditionnement est celui qui favorise une dépréciation personnelle, une négation de ses propres qualités et une estime de soi altérée.  Cela est paralysant et fait haïr jusqu’à la vie même.  « Tu es nulle, tu ne feras rien de ta vie », « tu es conne », « tu es moche »… « tu nous déçois ».

Nous croyons que tous les individus sans bonne estime personnelle sont marqués par une phrase qui s’est incrustée profondément en nous et qui participe de l’être peu aimable que nous croyons être devenue.


Juliette DRAHI

Lettre d’information
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