"Chacun est singulier et c'est dans la vérité singulière que se trouve l'essence de l'humain." Julia KRISTEVA

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L'écriture de Raphaëlle, ou la confrontation avec le vide.

Le 09 février 2016
Illustration de Raphaëlle, Le vide.
Je demandai à Raphaëlle, à la séance précédente, d'écrire, puisqu'elle ne parvient pas à dormir la nuit. D'écrire ce qu'elle veut, ce qu'elle sent, et de ne pas se préoccuper de la forme que sa production prendrait. Je lui suggérai simplement ce mouvement

Voilà ce que l'adolescente produit, dans la solitude de sa nuit, et voilà ce qu'elle apporta à la séance , elle qui avait tant souffert à l'école, persuadée, au fond d'elle, de son incapacité, incapacité renvoyé par un système qui violentait sa sensibilité, parfois sourd aux violences subies, au harcèlement, à la singularité de R.
Raphaëlle, au début de nos entretiens, il y a quelques mois, ne trouvait pas ses mots, utilisait souvent les "machins et les trucs" pour dire le magma émotionnel qui l'étreignait. Raphaëlle souffrait à se dire, et donc à se penser. Elle se subissait. 
Le texte qu'elle réussit à produire, seule, sentant en son for intérieur un processus à l'oeuvre, dans lequel elle se sentit vivante et libérée, m'émut profondément. Sa qualité, son intensité, sa dimension métaphorique, n'invitent à aucune interprétation. Je me laissai simplement impressionnée par le mouvement dont les mots sont plus que la trace, le sens. Et je vous livre son texte tel que je l'ai reçu : 

"Le vide, si froid, si cruel, si douloureux, mais c’est le seul qui m’accueillit chaleureusement avec tant de gentillesse dans sa demeure. Quand la joie, l’espérance et l’amour me claque violemment la porte au nez alors sans nulle part où aller je déambule dans les rues en mendiant et me demandant si je tiendrai jusqu’au lendemain. Je meurs petit à petit, je me désintègre dans la rue sous le nez des passants, seule et à la merci de tous. Quand soudain le vide en personne me releva et me prit pour disciple. Il m’apprit tout ce qu’il sait, à m’abandonner en lui. Il m’arracha le cœur et me le donna pour que je l’écrase jusqu’à ce qu’il devienne poussière. Il m’entraîna pour que je renonce à toutes mes émotions et ainsi que l’élève dépasse le maître. Un maître qui lui avait donné une vie de solitude, de douleur et en même temps d’apaisement, de bruit et en même temps de calme.

Je suis le vide, votre pire cauchemar. Un monstre caché dans l’obscurité qui attend le bon moment pour venir et vous engloutir à tout jamais et vous entraîner dans un monde où plus rien n’a de sens." 

Raphaëlle, 14 ans. 

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