"Chacun est singulier et c'est dans la vérité singulière que se trouve l'essence de l'humain." Julia KRISTEVA

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De l'intérêt de la médiation animale

Le 09 février 2015
De l'intérêt de la médiation animale
La présence d'un animal dans l'environnement d'un enfant favorise son épanouissement.

De l’intérêt de l’environnement non humain à la médiation animale

Pourquoi faire intervenir un animal dans un cadre thérapeutique ? Qu’apporte la relation au chien dans le processus de construction identitaire d’un enfant ? Quels sont les enjeux d’une telle relation et quels sont les bénéfices tirés d’un rapport avec un objet animé non humain ?

Harold SEARLES, psychiatre et psychanalyste écrit : « l’élément non humain de l’environnement de l’homme forme l’un des constituants les plus fondamentaux de la vie psychique. Je suis convaincu que l’individu sent, consciemment ou inconsciemment, une parenté avec le non humain qui l’entoure, que cette parenté revêt une importance transcendante pour l’existence et que, comme bien d’autres données essentielles, elle est une source de sentiments ambivalents chez l’individu, qui, s’il s’efforce de fermer les yeux sur force de ce lien, risque de compromettre sa santé psychique. »

On sait que depuis l’origine de la vie du petit d’homme, les objets de l’environnement, qu’ils soient vivants ou non participent à son développement. Quelle maman n’est pas convaincu aujourd’hui de l’importance que revêt le doudou de son bébé ? Quel père n’est pas attendri par ce petit garçon qui refuse d’aller dormir sans son vaisseau spatial, ses playmobils ou une voiture Lego.

Chaque enfant avant que de faire la distinction entre le vivant et le non vivant, l’animé et l’inanimé, l’humain et l’animal, découvre et éprouve le monde dans une sorte d’indifférenciation.   Un processus de développement est nécessaire pour parvenir à une claire distinction entre le mouvement caractéristique du vivant et l’inertie des objets inanimés, entre le monde animal et celui des humains. Piaget qui considérait que « la conscience nait au contact des choses », parlait de stades de développement pour envisager par étapes l’accès à ces différents types de reconnaissance, de l’indifférenciation des choses à la découverte des objets extérieurs à lui-même ; jusqu’à la distinction faite entre les êtres vivants et les objets inanimés. Cette croissance progressive amène l’enfant à avoir un savoir sur la mort. Cette connaissance signe la fin de l’innocence pour le petit d’homme. Elle initie aussi son accès au tragique, aux questionnements fondamentaux sur l’existence en même temps qu’elle permet au processus d’humanisation de se déployer : le savoir sur la finitude est ce qui nous fait radicalement autre dans le monde animal, ce qui nous distingue de toutes les autres espèces, savoir qui nous plonge dans l’angoisse en même temps que dans la conscience de soi.

Etre humain a un coût : le « je pense donc je suis » cartésien nous confronte à la précarité de notre existence et nous assigne à un monde absurde et à une inévitable quête de sens.

C’est dans ce monde que l’enfant grandit, allant de découvertes en stupéfactions, de curiosités en incompréhensions. C’est dans ce monde qu’il trouve les objets susceptibles de le combler, de répondre à ses besoins et à son insatisfaction et de lui apporter de la sécurité. C’est dans ce monde aussi qu’il rencontre des limites et des résistances.

C’est le monde matériel que l’enfant tente de détruire quand il est en colère. Et ce sont les objets inanimés qui se brisent à terre dans des mouvements parfois surprenants de fureur.

Cela pourra être le chat, le poisson rouge ou le hamster qui souffriront de l’agressivité d’un enfant malheureux. Il est en effet plus facile d’exprimer sa colère envers un animal sans défense que de montrer sa colère contre son parent ou son éducateur. Le récit honteux de certains adultes relatant des actes de cruauté sur de petits animaux ou insectes n’est pas rare et signifie quelque chose du déplacement que subit la pulsion de destruction. Rassurons-nous, malgré une vague de prévention de la psychopathie assez récente et relativement surprenante, tous les enfants qui tyrannisent leur chat ne deviennent pas des adultes psychopathiques et violents pour autant ! Il n’y a pas de déterminisme, et un enfant peut tout à fait expérimenter le monde et les limites du vivant sur un mode quelque peu destructeur sans offrir le tableau clinique propice au développement d’une pathologie grave ! La petite enfance est le lieu de l’expérimentation. Il faut que l’enfant se frotte à la réalité pour l’intégrer et la démocratisation de la psychologie a répandu l’idée qu’un enfant peut à un certain âge attaquer son environnement sur un mode « sadique ». (La psychanalyse parlerait ici de « stade sadique-anal »).

 

On sait que les premiers objets d’amour sont fondamentaux. Sans retracer le cours de la psychologie du développement de l’enfant, nous dirons simplement que l’attachement à la mère est un élément essentiel à la croissance du bébé. Que de cette union symbiotique nait progressivement l’individuation qui permet au bébé de se différencier de sa maman et des objets du monde extérieurs.

« Ce moment crucial de l’individuation consiste pour l’enfant à se sentir distinct de son entourage non seulement humain mais aussi non humain. Avant cela le bébé se perçoit comme ne faisant qu’un avec sa mère, certes, mais aussi avec tout le réel non humain entrant dans son champ d’expérience. » Harold SEARLES

Cet univers, ce monde de la petite enfance, constitué d’objets et de sujets humains, sera le terreau favorable à l’instauration d’une sécurité intérieure pour l’enfant et l’adulte à venir Nous savons que les premiers soins sont déterminants pour structurer le sujet humain. On sait aussi qu’une mère suffisamment bonne répondra aux besoins de son enfant de manière à ce que celui-ci ne souffre pas, n’hallucine pas, n’angoisse pas. On sait aussi que la faim est la sensation la plus douloureuse pour le bébé et que ses pleurs viennent dire toute l’étendue qu’elle prend dans son ventre et dans son psychisme. Ainsi la mère répond à la faim de son enfant, elle l’apaise, elle le comble en même temps qu’elle le retient, le berce, le touche, le câline et lui parle !

L’environnement non humain répondra pour sa part à une faim d’un autre ordre. Il apportera une richesse de perception, il apportera une variété de stimulations pour que l’enfant goûte au monde qui l’entoure, pour qu’il se nourrisse de sensations et de connaissances.

Les relations interpersonnelles sont intégrées dans toutes les expériences qui participent au développement de l’enfant. L’être humain est d’abord un être de relations. La mère, le père, les frères et sœurs ou les amis… chaque lien dans ce qu’il porte de singulier donne l’opportunité à l’individu en devenir d’expérimenter la relation d’objet. Chaque interaction porte aussi en elle son lot de conflits, d’incompréhensions, d’amour ou d’agressivité.

Quoiqu’il en soit, il y a de l’émotion dans les relations, et parfois beaucoup trop !

En même temps que l’enfant progresse dans son usage de la langue, en même temps que parler devient vecteur de relations, les relations se complexifient.

Que l’enfant soit « normalement » épanouit, qu’il se développe de manière harmonieuse et heureuse ou au contraire de façon plus souffrante ou pathologique, le lien avec un animal permet de dire par le geste ce qui ne se parle pas avec l’autre humain.

Il permet aussi de ressentir de l’apaisement grâce à la présence toute simple de l’animal.

Il permet encore et de manière assez élaborée de révéler quelque chose des processus psychiques de l’enfant. A ce titre là l’enfant peut projeter sur l’animal quelque chose de sa colère, parler de son agressivité passée par exemple, ou exprimer une peur dont la source se trouve souvent ailleurs.

Il peut transférer sur un chien par exemple des propriétés humaines positives ou négatives. C’est-à-dire que le chien peut révéler quelque chose de la personnalité de l’enfant.

Il peut encore se découvrir capable d’éprouvés de tendresse quand dans sa vie relationnelle une force, une défense psychique à l’œuvre ou une pudeur l’empêche d’aller à la rencontre de l’autre sur ce mode-là.

Découvrir qu’il est possible de porter de l’affection à un chien n’est pas anodin. N’est-on pas surpris de voir un enfant hyperactif ou un enfant sujet à de violentes pulsions, de type troubles du comportement, s’approcher délicatement d’un lapin, d’un chien, le caresser doucement et le prendre dans ses bras avec une précaution ignorée jusque-là.

Nous l’avons vu, il est possible grâce à la médiation animale de mettre en scène un type de relation, un conflit ; il est aussi possible de transférer sur l’animal des caractéristiques humaines.

Mais en laissant l’animal à sa place d’animal nous pouvons renvoyer l’enfant à l’étendue de son humanité, à sa grande capacité d’aimer un autre que lui, « autre » jusqu’à l’espèce ! Sans jouer sur la notion d’anthropomorphisme on peut faire confiance à l’enfant pour qu’il se saisisse précisément de l’aspect purement naturel et animal d’un chien et pour expérimenter des relations simplifiées et reposantes. N’est-il pas apaisant de caresser un chien et par la même occasion de s’occuper les mains, de s’occuper les yeux, de s’extraire partiellement de la relation interpersonnelle.

L’enfant submergé peut trouver un véritable refuge dans ces moments d’interaction. Cela ne signifie pas que l’enfant est absent mais que de la relation il s’absente partiellement parce qu’elle le déborde. Ainsi l’attention captée par l’animal, le geste retenu par son pelage, ou le regard détourné sur lui, l’enfant peut être présent dans le cadre thérapeutique sans risquer la chute dans le vide et dans le silence. La thérapie peut offrir un cadre tout à fait sécurisant mais peut aussi être un lieu impressionnant de par la solennité relative qui y règne.

Nous proposons de remettre du lien simplifié dans la relation thérapeutique grâce à la présence d’un chien. Un cadre d’où la douceur émerge sans effort, par la possibilité offerte d’un don de tendresse sans justification. La tendresse et l’attachement pour un animal ne présentent ni danger ni engagement, en tous les cas pas dans le cadre thérapeutique. La seule condition étant le respect du vivant. Il n’y a aucune conquête par la parole. L’enfant capable de relation sans parole peut se reposer avant d’entrer dans l’univers des mots.

L’animal permet en outre de remplir le silence, suscitant des mots simples pour évoquer la situation. Ce sont des mots de liaison qui permettent de parler de soi de manière détournée.  

L’animal est comme cette toile de projection qui se prête aux jeux de mots, comme au silence. Il permet de dire de soi ou de cacher de soi pour devenir le lieu de tous les possibles.

De plus, dans les cas de phobies sociales, quand un enfant vient à nous parce que sa timidité et sa difficulté d’inscription dans un groupe pose problème pour son épanouissement, il est possible d’utiliser l’animal et d’offrir une confrontation avec une altérité. Un enfant peu sûr de lui, impressionnable, timorée, pourra apprendre à donner une injonction, à se positionner fermement en face du chien.

Un enfant peureux pourra de la même manière bénéficier de la confrontation avec ce chien, objet de bien des peurs parentales souvent légitimes. Un chien sans agressivité pourra en effet dédramatiser la représentation dangereuse que l’enfant en a, en partie parfois à cause d’une prudence excessive de la part des parents ou à cause d’évènements fâcheux ayant apparenté l’animal à un agresseur. De la sorte nous pouvons éviter qu’une situation de blocage à long terme fixe l’objet dangereux dans le psychisme de l’enfant et devienne un élément persécutant dans son imaginaire. L’enfant gagne ainsi en confiance en lui, ne restant pas figé sur l’évènement vécu par lui ou ses parents mais le dépassant comme on sort indemne d’un cauchemar. C’est alors une petite victoire sur la peur.

Enfin l’animal émet des résistances, il ne correspond pas forcément à ce que l’enfant en attend. Il ne fait pas ce que l’enfant demande, même s’il est éduqué de manière à répondre à des injonctions simples. Il fait partie de cette réalité que l’enfant ne peut pas manipuler à souhait et si il veut en tirer quelques satisfactions cela exigera de lui patience, douceur, confiance en soi, cohérence.

Cette médiation est envisageable en psychopédagogie et peut intervenir comme support éducatif puisqu’il permet de travailler sur l’instauration des règles et sur le respect en général.  

Juliette DRAHI

 

 

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